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Dans la vie, tout ne se passe pas toujours comme prévu. Parfois le vent tourne et nous bouscule.

Comment manoeuvrer les voiles pour ne pas chavirer ?

Un vagabond arrive en sifflotant au bord d’une rivière. Il voudrait la traverser. Malheureusement, le pont s’est effondré. Il n’y a aucun bateau en vue et l’eau est trop profonde pour s’y risquer. Notre homme considère la situation, fait demi tour et reprend le chemin par lequel il est arrivé aussi gaiement qu’au début de l’histoire. Il n’a pas cessé e siffloter un seul instant.

C’est le scénario idéal : je m’adapte quand un obstacle se présente sur mon chemin, je fais preuve de souplesse quand les événements prennent une tournure inattendue, je lance sereinement le plan B quand les choses ne se passent pas comme prévu.

Hum… Pour la plupart d’entre nous ce n’est pas aussi facile. Difficile d’encaisser un changement de cap forcé sans broncher. Nous arrêtons de siffloter, nous sursautons, nous nous mettons en colère, nous nous révoltons. Nous nous demandons : pourquoi moi ?

L’incroyable beauté de la vie

Facile à dire quand on a juste une bonne grippe et qu’on est sûr d’être bientôt sur pieds. La psychologue Bieke Vandekerckhove, elle, est atteinte d’une maladie neuromusculaire incurable. L’annonce de la maladie lui a fait l’effet d’une bombe. Tout ce en quoi elle croyait était réduit à néant. Sa vision du monde avait volé en éclats. Mais après un certain temps, elle a commencé à y voir une libération, « mieux encore, ce qui me terrorisait le plus au départ s’avéra par la suite le plus libérateur. L’effondrement de mon système de pensée constitua un bouleversement plus radical que la maladie elle même. A tel point que j’oserais presque dire : heureusement que cette bombe a explosé. Je ne veux plus jamais me retrouver enfermée dans le carcan des idées toutes faites. Ce qui m’apparaissait d’abord comme un vide mortifère s’est transformé par la suite en un éblouissement vivifiant. »

Loin d’elle l’idée de minimiser la situation : c’est terrible de savoir qu’on ne guérira pas. Il serait idiot d’affirmer que la maladie et les autres épreuves de la vie sont des bénédictions. Pourtant elle écrit : « Je n’ai jamais vécu aussi intensément que durant l’année qui devait être la dernière de mon existence. Pas au tout début, c’est vrai. J’ai d’abord été accablée par le désespoir. Et c’est encore le cas parfois. Mais ce désespoir était quelquefois traversé par des moments de pure émotion : les odeurs de la nature après l’averse, le murmure du vent dans les arbres, le chant d’un ruisseau, le pépiement des oiseaux… En voyant tout cela pour ce que je pensais être la première fois. Je découvrais les choses dans leur incroyable-je dirai même-choquante beauté. »

C’est un peu comme si le brouillard se dissipait, découvrant la vraie vie. La maladie mais aussi d’autres épreuves font parfois ce genre d’effet. Les crises de l’existence sont l’occasion d’accéder à des couches plus profondes.

Notre égo pousse à chercher des repères à l’extérieur, mais dans les périodes de crise, nous nous apercevons que nous avons en nous une base qui nous porte dans les moments les plus difficiles et les plus bouleversants. On parvient ainsi à une dimension d’être ou l’on fait l’expérience du vide et de l’espace. Ou dans une dimension d’essentiel, avec un puissant sentiment d’amour ou de compréhension.

Au coeur de la crise, on a tendance à lutter, à fuir ou à rester paralysé. En évitant ce genre de réaction et en prêtant attention à ce qui se passe, en se mettant au diapason de ses émotions et en les vivant véritablement, on peut percevoir le changement qui s’opère à l’intérieur. Il se manifeste aussi dans nos relations et dans notre regard sur le monde. On se rend compte que cette couche profonde de notre identité possède assez d’intelligence, d’amour et de réconfort pour nous aider à traverser les périodes difficiles. Nous avons en nous beaucoup plus que ce que nous croyons.

Heureusement la vie ne distribue pas que des coups durs, parfois ce sont de petites tapes presque amicales / une contrariété, un blocage de notre élan de vie, une irritation un peu comme un pull qui gratte et qu’on ne peut pas enlever tout de suite.

Quelques exemples : vous aviez organisé une petite fête dans le jardin, et il pleut à verse. Un collègue obtient la promotion que vous briguiez depuis des mois. Tous est prêt pour le départ en vacances et la voiture ne veut pas démarrer. Vous vous êtes disputé avec un ami et vous êtes persuadé d’avoir raison.

Impossible de changer les circonstances, c’est donc en vous qu’il va falloir engager un changement pour libérer votre énergie vitale.

On ne peut pas changer la direction du vent, mais on peut changer la position des voiles.

Dans le tarot, c’est ce que symbolise la carte du pendu : un homme attaché par un pied à un arbre, la tête en bas, avec une auréole autour de la tête. Si cette carte représente l’arrêt forcé, sa signification est loin d’être aussi négative qu’on pourrait le penser à première vue. Cette auréole n’est pas là par hasard : elle suggère que l’on peut trouver la lumière en acceptant qu’une situation soit sans issue. C’est justement cette acceptation qui permet au changement de se produire. Lorsqu’on admet son impuissance, une solution se présente tôt ou tard.

Résultat : vous ferez la fête bien à l’abri dans la maison. Vous comprenez que tout compte fait il vaudrait mieux changer de travail. Vous reportez tranquillement le départ en vacances au lendemain. Vous découvrez que votre amitié est plus importante à vos yeux que le fait d’avoir raison.

L’ego hors jeu

Quelques semaines après le tremblement de terre et le tsunami qui ont dévasté le japon en 2011, Anne, professeur d’anglais installée à Sendaï écrivait : « Nous dormons tous dans la même pièce, nous mangeons tous à la lumière des bougies et nous nous racontons des histoires. » Elle habite l’une des villes les plus touchées par la catastrophe. « Il règne une atmosphère chaleureuse et amicale. La journée, nous nous entraidons pour enlever les décombres. Lorsque l’eau courante revient chez l’un d’entre nous, il en informe les autres pour qu’ils puissent venir remplir des jerrycans. Personne n’essaie de voler ou de resquiller. La nuit les gens laissent la porte ‘entrée ouverte, c’est plus sûr en cas de nouvelles secousses. Les gens disent « autrefois c’était toujours comme ça, on s’entraidait. » Je savoure la vie dans son essentiel, avec mon intime intuition. Chaque jour je vais voir si l’électricité est revenue dans ma maison et je trouve parfois de la nourriture et des boissons sur le pas de ma porte. Je ne sais pas qui les a déposés là. Les gens demandent à des inconnus s’ils ont besoin d’aide. Un énorme changement est en train de s’opérer ici et je sens mon coeur s’ouvrir en grand. »

La lettre d’Anne a circulé sur internet et les sceptiques se demanderont si tout cela est bien vrai.

Moi, j’y crois sincèrement. Lorsqu’on a vécu une expérience dramatique, on connaît cet effet. Il se manifeste aussi parfois lorsqu’on perd un être cher. Tout ce qui est superficiel disparaît remplacé par une sorte de simplicité bénie. Le temps paraît s’arrêter et on vit tout plus intensément. Chacun exprime le meilleur de soi. Un peu comme si dans ces moments là notre ego était si impressionné qu’il se faisait tout petit. C’est exactement ce qu’il se passe lorsque la vie nous donne un coup : notre ego est temporairement hors jeu. L’ego n’aime pas ça du tout, il se met parfois à bouder, à râler,ou à s’étioler. Mais quelque chose de plus profond peut s’épanouir en nous.

Combien de gens disent avoir vécu une sérieuse crise dans leur vie et affirment, après coup, que c’est la meilleure chose qui pouvait leur arriver ? Un burn out, une maladie grave, une dépression, un licenciement : le vent à tourné si violemment qu’ils ont du reconsidérer toute leur vie. Avant la crise ils travaillaient énormément, couraient après leur vie, aveuglés par leurs oeillères, le regard fixé sur leurs objectifs. L’épreuve qu’ils ont vécu les a rendu plus calmes, plus ouverts, plus libres et plus heureux. Ils entretiennent de meilleures relations avec les autres car ils ont appris à les apprécier d’avantage.

Parfois, nous provoquons nous même la crise, c’est notre faute. Nous avons fait des choix déraisonnables et nous sommes confrontés à leurs conséquences. je me retrouve sur la paille parce que j’ai trop dépensé, mon conjoint me quitte parce que je l’ai trompé. On se demande comment on a pu laisser aller les choses si loin.

Or un pouvoir plus grand est peut être à l’oeuvre.Selon Carl Gustav Jung, l’inconscient aspire toujours à créer une situation impossible pour forcer l’individu à donner le meilleur de lui même… Sinon, nous nous satisferions de moins, nous ne serions pas accomplis, nous ne nous épanouirions pas complètement.

Il faut qu’une situation impossible nous force à abandonner notre volonté et notre faculté de penser, et à ne rien faire d’autre que de nous en remettre à la force impersonnelle de la croissance et du développement.

Donc même lorsque nous comprenons très bien, que nous nous sommes mis nous mêmes dans le pétrin, notre ego n’est peut être pas le seul responsable. Autrement dit, notre inconscient essayait peut être de nous dire quelque chose.

Au fond de nous nous voulions grandir, explorer un nouveau stade de développement, ce qui était impossible dans la situation dans laquelle nous étions. Il fallait donc que quelque chose change, de gré ou de force.

A présent il faut faire appel à notre identité profonde pour remonter la pente. Des années plus tard, peut être direz vous c’était une période tellement difficile, mais j’en suis sorti plus fort et plus sage.

L’effet n’est pas immédiat, la souffrance est inévitable. Il en est ainsi, toute naissance, tout nouveau départ, implique une certaine souffrance. Il faut vraiment vivre toutes ses émotions. Il y a des gens qui disent trop vite : cela me servira de leçon. C’est un piège, on brûle les étapes.

C’est en descendant tout au fond de l’expérience qu’on peut rebondir. Il faut donc accepter tout ce qui vient, y compris les émotions. On les traverse, et ensuite on peut les laisser derrière soi.

En fait, cette attitude signifie : j’autorise la vie à me donner un coup, il me fait peur, il me déplaît, mais je l’accepte. C’est une question de sagesse. Car la vie distribue les coups, que nous le voulions ou non. Y voir une chance de grandir, s’adapter, suivre le courant, cela facilite grandement les choses. Comme ce vagabond qui arrive au bord de la rivière en sifflotant de plus belle si la voie est sans issue. Il trouvera bien un autre chemin.

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