ICI ET MAINTENANT

Si le temps s’accommode volontiers de ne pas avoir de lieu attaché, un lieu vit à travers le temps. Tant celui qu’il fait dehors que celui qui s’écoule et que l’homme a posé dans une montre pour en définir son tempo. Tant celui de la nuit que du jour, du soleil ou de la pluie. Chaque lieu est marqué des empreintes du temps qu’il a laissé filer derrière lui, de la première pierre posée à celle qui la remplacera peut-être, une sorte d’éternité bien à lui.

Pourtant, la meilleure façon de vivre pleinement un lieu est de le vivre au présent. Se poser, le regarder, le laisser devenir maître de notre environnement, nous envahir de sa présence pour que nous et lui ne fassions plus qu’un. N’a-ton jamais ressenti ce sentiment d’un déjà vu, d’avoir foulé une terre qui nous est pourtant inconnue, de reconnaître cette pierre de meulière ou cette chaux que l’on peut à présent toucher de la main, effleurer du regard, et pourtant savoir que nous ne sommes qu’en train de conjuguer au présent ?

Rien n’est plus ressourçant que de s’approprier ce temps en un lieu choisi par notre coeur qui l’a élu avec toute l’évidence de l’instinct qui mène nos pas au quotidien, sans que l’on y fasse vraiment attention.

Car c’est bien de cela dont il s’agit, une immortalité de quelques instants.

Ici et maintenant

Ici ; comme chaque endroit où se pose l’instant. Maintenant ; comme si nous avions le pouvoir d’arrêter le sablier qui s’égrène et de maintenir dans nos mains les secondes du moment pour en profiter totalement.

Nous avons tous rêvé de cela. Et si ce rêve n’en n’était pas un ? Là, à cet instant précis où vos yeux sont posés sur ces lignes écrites au fusain du plaisir, si vous arrêtiez le temps pour ne le consacrer qu’à vous ?

Chut… Ne dites et n’entendez plus rien d’autre que le battement de votre coeur qui s’est ralenti instinctivement pour n’être plus que la perception d’un écho du battement précédent. Posez vous, fermez les yeux, et laissez vous évader là où vous sauriez être dans cette seconde éternelle.

Voilà, c’est de ce moment là qu’il s’agit. De ce moment qui n’appartient qu’à soi, dans cet endroit particulier dont vous seul avez la clef. Vous y êtes et, promis, le visiteur que vous pourriez laisser rentrer toquera trois fois à la porte de votre âme qu’il vous a ouverte l’espace d’un présent.

C’est vous qui décidez.

Il est temps alors à l’auteur de s’en aller, « présent  » après tout ne veut il pas dire cadeau ? Et le plus beau des cadeaux n’est-il pas de recevoir un peu de temps en trop, dans ces journées souvent emplies de lieux et d‘instants que nous n’avons pas choisis ? Et si s’isoler des bruits du monde commençait par … ici et maintenant ?

Julien Orset-Dussart